Au nom de ceux qui ont été accueillis par Jean Lacroix
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N'étant ni philosophe ni ancienne élève de Jean Lacroix, je voudrais exprimer ici, à titre amical, le souvenir et le merci de ceux, si nombreux, qui ont bénéficié de l'accueil chaleureux du foyer de M. et Mme Lacroix. Cette table, toujours ouverte à Lyon ou à Lépin, est restée pour moi l'exemple de la vraie hospitalité. C'était l'occasion, à côté de la présence discrète et attentive de Mme Lacroix, de rencontrer un homme simple, avec ses passe-temps favoris : les longues heures de pêche sur le lac d'Aiguebelette, occasion de détente et de méditation. De profiter de cet humour si particulier qu'il pratiquait volontiers vis-à-vis de lui-même et de ses limites. Parlant par exemple de sa maladresse physique, devenue proverbiale chez ses proches, il disait : « Je suis arrivé à faire pousser un arbre, je n'aurai donc pas tout à fait perdu ma vie, si j'en crois le proverbe... » Il poussait le paradoxe jusqu'à affirmer qu'étant donné son peu de sens musical il ne reconnaissait « la Marseillaise » qu'au fait que les gens se levaient pendant son audition. Il manifestait le même humour vis-à-vis des autres, de leurs limites, voire même parfois de leurs petitesses. Mais sa rondeur apparente cachait une grande sensibilité : certes, elle ne l'a jamais empêché, quand il l'estimait nécessaire, de s'engager dans des combats difficiles. Il est sûr cependant qu'il ressentait durement certains affrontements. Dans son attachement à l'Eglise, qui était celui d'une conscience libre et d'une fidélité à toute épreuve, il a souffert de certaines incompréhensions ou suspicions qui ont parfois accompagné sa démarche novatrice. Il reste pour nous un exemple de générosité intellectuelle : le savoir, la compétence acquise n'ont jamais été pour lui une propriété, un moyen d'exercer un pouvoir sur les autres, mais d'exercer un service. Avec son art tout à fait socratique de la conversation, il mettait d'emblée son interlocuteur, fût-il jeune, sans expérience, ou sans titre, sur pied d'égalité en lui demandant son avis. Il n'y avait chez lui aucune trace de la morgue, de la distance qui guettent tant d'intellectuels. Il reste pour nous un exemple de générosité tout court : jamais avare de son temps, il était présent chaque fois qu'il sentait que quelqu'un avait besoin de lui. Que ce soit par lettres, rencontres ou démarches, il était toujours prêt à répondre à une demande, souvent même à aller au devant d'elle. Surtout s'il s'agissait, comme disait récemment à Lyon Gustavo Guttierez, d'« une personne sans importance ». Ayant nous-mêmes, à un moment décisif de notre vie, expérimenté ce que pouvait être sa présence et son soutien, inséparables de ceux de Mme Lacroix, nous leur en gardons une profonde reconnaissance." Madeleine COMTE |
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REMODIFIE AU MOIS DE DECEMBRE 1999