![]()
Comme toutes les grandes pensées, celle de Gaston Bachelard n'a point eu immédiatement l'audience qu'elle méritait. Il est même courant de faire le départ entre ses ouvrages de philosophie des sciences qu'on tient pour sérieux, mais réservés aux spécialistes à cause de leur difficulté même, et ceux de psychanalyse littéraire, qu'on dit faciles, et qui seraient de jeu et de délassement. C'est faire le "bel esprit", comme disait Malebranche, et rester ainsi à l'extérieur d'une oeuvre capitale de ce temps dont l'unité est essentielle. OEuvre tout entière psychanalytique en ce sens profond qu'elle vise toujours à la purification de l'esprit. D'après Bachelard, la connaissance humaine a passé par trois stades : l'état préscientifique, qui va jusqu'au XVIIIe siècle; l'état scientifique, qui se termine au début du XXe siècle; enfin, l'ère du nouvel esprit scientifique, depuis 1905, si l'on veut, au moment où la relativité einsteinienne vint déformer des concepts primordiaux que l'on croyait à jamais immobiles. Mais les âges antérieurs ne disparaissent pas sans laisser de traces : chez l'homme nouveau, il reste des vestiges du vieil homme ! Déceler ces vestiges, montrer comment ils ont formé, ou plutôt déformé, l'esprit, c'est opérer à chaque instant le redressement nécessaire de notre connaissance : il faut être contemporain de sa propre pensée, c'est-à-dire reconstruire sans cesse tout son savoir. Au sens le plus fort, procéder à cette psychanalyse de la connaissance c'est entreprendre une véritable pédagogie de la raison. (27-28 mars 1949.) |
.../... Envoyer un mail.
.../... Retour à la page d'accueil
___________________________________
REMODIFIE AU MOIS DECEMBRE 1999