La page de Jean Lacroix : Une Biographie

Une Biographie proposée par Bernard Comte, In J. Julliard et M. Winock, Dictionnaire des intellectuels français, Seuil, 1993

" Né à Lyon le 23 décembre 1900, étudiant en droit et lettres aux Facultés catholiques, en philosophie avec Chevalier puis Brunschvicg à Paris, Jean Lacroix est agrégé en 1927, enseigne en divers lycées puis à Lyon en khâgne de 1937 à sa retraite (1968). Il meurt le 27 juin 1986 à Lyon.

Issu d'un milieu conservateur, Lacroix découvre Blondel grâce au jésuite Auguste Valensin et fréquente la Société lyonnaise de philosophie. Sa rencontre avec Mounier en 1928 lui fait découvrir un style d'engagement à la fois spirituel, intellectuel et politique. Son parcours est désormais inséparable de celui de son ami et cadet, et de la revue Esprit. Ni idéologie ni philosophie, le personnalisme est à ses yeux une inspiration pour le philosophe qui transforme l'événement en expérience, partant du vécu et l'analysant pour comprendre l'homme et éclairer sa conduite. L'incarnation selon Péguy inspire cette pensée sévère pour les évasions spiritualistes et attentives aux conditions économico-politiques, particulièrement à la médiation du droit.

Professeur à la méthode sûre et efficace, directeur d'une collection d'initiation philosophique, il est aussi un étonnant diffuseur, dans une chronique mensuelle au Monde -1944-1980) où il recompose avec rigueur et souci d'objectivité la pensée des auteurs dont il traite. Il répond aux demandes d'explication de ses lecteurs avec la même disponibilité qu'il accueille élèves et visiteurs.

Auteur de vingt ouvrages brefs et denses, de nombreux articles et conférences, notamment en Pologne, il entretient un dialogue constant avec ses amis et philosophes - Jeanson, Althusser, les universitaires, ses anciens élèves, à la Société européenne de culture - et avec les intellectuels communistes qui éprouvent sa patience. Ami proche et collaborateur de Perroux, lié à Beuve-Méry et au père Dabosville aumônier de la Paroisse universitaire, il fait le lien entre Mounier et les catholiques sociaux. Il allie la pleine adhésion à l'Eglise catholique et au culte de la liberté de l'esprit qui l'amène à dénoncer cléricalismes et conformismes. Poursuivant l'élan révolutionnaire des années 30 et soucieux de comprendre "l'homme marxiste" pour relever son défi, il est un des artisans de l'évolution à gauche du monde catholique. A Lyon, en étroite collaboration avec ses amis jésuites, universitaires et autres, il participe à la vie culturelle et anime avec chaleur et humour pendant plus de trente ans, le plus vivant des groupes "Esprit" de province."

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REMODIFIE AU MOIS DE NOVEMBRE 1997