La page de Jean Lacroix : témoignages posthumes

Au nom de la chronique sociale et des semaines sociales

C'est en 1929 que l'on trouve pour la première fois la signature de Jean Lacroix sous un article de la Chronique Sociale de France, sur « Le problème actuel de la culture » ; c'est en 1936, à Versailles, qu'il fait pour la première fois un cours dans une session des Semaines Sociales de France, cours intitulé : « Les éléments constitutifs de la civilisation ». Il récidive l'année suivante dans une Semaine tout entière consacrée à « La Personne humaine en péril ». Un chroniqueur, membre des Semaines Sociales, saluait alors Ue cite) « un jeune maître, conduisant sa pensée - et la nôtre - avec une implacable rigueur, creusant jusqu'au roc des évidences... pour qui la philosophie n'est point un jeu gratuit mais... une épreuve de l'esprit au contact du monde créé. Jean Lacroix ou la philosophie incarnée ».
C'était il y a 50 ans !

Ces premières collaborations ne sont pas restées occasionnelles. Non seulement elles furent suivies de beaucoup d'autres, mais surtout Jean Lacroix a fait partie de la Chronique Sociale et des Semaines Sociales de France, ces deux institutions d'origine lyonnaise, à rayonnement international, représentatives de ce qu'on appelait alors « le catholicisme social » lieux de réflexion sur les problèmes de société, carrefours où se retrouvaient chrétiens diversement engagés dans l'action sociale, professionnelle, politique, qui cherchaient des principes pour orienter leur action.

Il est difficile de dire tout ce que Jean Lacroix a apporté aux Semaines Sociales et à la pensée catholique sociale.

Sans doute pourrait-on l'analyser à travers le texte des « leçons magistrales » qu'il fit dans diverses sessions des Semaines Sociales : les titres eux mêmes sont évocateurs ; le temps me manque pour les citer, mais je souhaite qu'un jour un étudiant puisse y consacrer un mémoire, en montrant comment certaines réflexions, qui peuvent aujourd'hui paraître banales, étaient à l'époque originales et novatrices.

Mais on n'aurait là que la partie la plus visible de l'apport de Jean Lacroix. Comment évaluer l'influence qu'il eut quant s'élaboraient les projets, quand dans les équipes de travail se confrontaient les positions et l'expérience des uns et des autres, quand se cherchaient des orientations respectueuses des diversités mais en cohérence avec la pensée chrétienne ?
Je retiendrai trois traits qui m'ont personnellement frappée :

- la rigueur avec laquelle, devant toute pensée, il mettait en lumière la philosophie qui l'inspirait, éventuellement les erreurs métaphysiques qu'elle supposait, les conséquences qu'elle entraînait ;
- l'importance qu'il attachait au droit (qu'il ne faut pas confondre avec le légalisme) et aux institutions, à la fois comme moyen de défendre la personne et comme médiation nécessaire pour incarner les valeurs dans la société ;
- la facilité avec laquelle il exprimait le lien entre sa philosophie et sa foi.

Il avait dit à la Semaine Sociale de 1937 « Il faut que toute vie humaine soit vouée pour qu'elle rende témoignage de la Présence qui l'habite ».
Ce témoignage, il le rendait."

Emma GOUNOT

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REMODIFIE AU MOIS DE DECEMBRE 1999